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                                 « Le cartel, mode d’emploi ! »

 
Le mot italien cartello, cartel en espagnol, diminutif de carta, a le sens d’affiche mais aussi de carte ou de lettre. Le mot a souvent été employé dans un contexte de défi écrit en vue d’un combat singulier ou d’une proposition de joute de chevalier à chevalier.

Par extension, le mot a pris le sens de convention entre chefs de deux armées belligérantes en vue d'une suspension d'armes et d’un d’échange de prisonniers, avec ou sans rançons, appelé souvent cartel d’échange.

L’envoi d’un cartel duelliste pouvait prendre diverses formes. Une demande de réparation par les armes pouvait être rédigée et remise à son destinataire par un émissaire ou un proche de celui qui lançait le défi.

Ainsi, avant le célébrissime duel entre François de Vivonne, seigneur de La Châtaigneraie, et Guy Chabot, baron de Jarnac, qui eut lieu en présence du Roi Henri II et de toute sa cour assemblée, le 10 juillet 1547 à Saint-Germain-en-Laye, Jarnac fit porter un cartel à son adversaire, considéré depuis lors comme un modèle du genre :                           

         « Seigneur, toutes et quantes fois que vous avez dict, faict dire, escript ou faict escripre allencontre et au préjudice de mon honneur, aultant de foys avez par la gueule menty, et le nyant avez semblablement menty. Par escript, je ne veulx user d’injurieuses vilanies, comme chose  plus convenable à vile  et envieuse personne qu’à chevalier, me réservant si ce n’est par vostre deffault, parler à vous les armes au poing. »            

        Dans Henry III et sa cour, drame d’Alexandre Dumas, Henri de Lorraine, duc de Guise, sollicite du Roi Henri III l'honneur de commander « La Sainte Ligue », la confédération catholique hostile aux protestants calvinistes. Il est reçu par le Roi en présence du jeune Comte de Saint-Mégrin.

        De Guise déteste Saint-Mégrin car il vient d’apprendre que celui-ci aime en secret la duchesse de Guise, son épouse.

Saint-Mégrin discrédite le duc de Guise en présence du Roi, puis soudain sortant de sa poche une sarbacane, lui envoie une dragée en pleine poitrine, offense assurément d’une gravité extrême dans le contexte du « point d’honneur ». Non content de l’avoir offensé, Saint-Mégrin s’adresse ensuite au Roi pour solliciter la permission de défier le Duc. Voici les termes de son cartel : 

« Si votre Majesté ne s'y oppose pas, je veux le défier de manière à ce qu'il s'ensuive combat ou déshonneur. Ecoutez, messieurs. Moi, comte de Saint-Mégrin à toi, Henri de Lorraine, duc de Guise, prenons à témoin tous ceux ici présents, que nous te défions au combat à outrance, toi et tous les princes de ta maison, soit à l'épée seule, soit à la dague et au poignard, tant que le coeur battra au corps, tant que la lame tiendra à la poignée, renonçant d'avance à ta merci comme tu dois renoncer à la mienne; et, sur ce, que Dieu et Saint-Paul me soient en aide ! (Jetant son gant) A toi seul ou à plusieurs ! »

           Dans Le Capitaine Fracasse, roman de Théophile Gautier, on sait que le baron de Sigognac, noble ruiné, a accordé l'hospitalité dans son château à une troupe de comédiens. Il décide de les suivre en tournée et de monter sur les planches en jouant le rôle d'un fier-à-bras, le Capitaine Fracasse.

        Amoureux d'Isabelle, l'une des comédiennes, il confie à son ami,  le marquis de Bruyères - bien évidemment « service qu'un gentilhomme ne refuse point à un autre » précise le dit Marquis – la mission de présenter le cartel de Sigognac au duc de Vallombreuse qui a manqué de respect à sa bien-aimée. Il lui  fait des recommandations en ces termes :

« J'ai besoin de vous pour certifier à ce misérable que le sang des Sigognac est noble depuis mille ans et pur de toute mésalliance. Je vous serais obligé de lui faire savoir que tous ceux qui ont porté ce nom n'ont jamais souffert une tache à leurs armoiries. »  … et le marquis de Bruyères de lui répondre :

«  Non seulement je le ferai mais je m'engage à mettre comme second mon épée à votre service.»

 Le marquis de Bruyères se rend donc au domicile du Marquis de Vallombreuse.  Après s’être assuré que celui-ci est à demeure, il demande au  valet de chambre de l’annoncer à son maître en lui révélant qu’il est porteur d’une provocation en duel. Le valet n’ignorant rien des us et coutumes duellistes de la noblesse et de la délectation qu’éprouve son maître – véritable « drogué de l’escrime » - à croiser le fer, lui répond, non sans impertinence :

 « Ah ! monsieur est venu pour un duel ! Que ne l'avez-vous dit tout de suite? Je vais aller porter votre nom à monseigneur; il s'est couché hier de si féroce humeur qu'il sera  enchanté d'être réveillé par une querelle et d'avoir un prétexte de se battre... »

           De Vallombreuse accepte cette rencontre avec empressement après s’être assuré toutefois que celui qu’il prenait pour un vulgaire baladin est en fait un homme « de bonne naissance ».