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                                     Victimisation et oubli ?

 
Presque invariablement, ceux qui découvrent la vie et l’œuvre du chevalier de Saint-Georges sont frappés d’admiration devant ce héros d’exception. On peut dès lors comprendre que certains «  fans  inconditionnels » de cet éclatant Chevalier voudraient - consciemment ou non - détenir le droit exclusif d’en parler.  

L’histoire de cet enfant, né d’une mère esclave qui devient l’un des personnages les plus talentueux et adulés du XVIIIe siècle ressemble fort à un conte de fées, avons-nous dit dans notre commentaire biographique.

Ceux qui ont cherché à mieux connaître ce fabuleux personnage déplorent fort justement les mauvais traitements dont il fut parfois victime. Cependant,  la vie de Saint-Georges n’a pas vraiment été une litanie de persécutions raciales ou un long martyrologe comme on le dit trop souvent. Il convient de veiller à ne pas tomber dans le travers du « militantisme » ou du « politiquement correct ».

Est-il pensable, comme l’affirment biographes et rédacteurs de commentaires sur maints sites Web que Bonaparte se soit préoccupé, de près ou de loin, d’interdire que l’on joue des partitions de Joseph Bologne après avoir rétabli l’esclavage sur les îles à sucre en 1802? Peut-on penser qu'il se soit préoccupé d'occulter les mérites de Saint-Georges ? N’avait-il pas bien d’autres choses à faire ? Est-il vrai qu’il importait alors de montrer que l’intelligence et l’esprit créatif des Noirs étaient inférieurs à ceux des Blancs ? Saint-Georges était-il « inépousable » à son niveau social dans le contexte de l’époque?  A-t-il vraiment été oublié pendant près de deux siècles ?

Nous allons essayer de répondre à ces questions, en acceptant par avance que ceux qui liront éventuellement ces lignes ne partagent pas ces réserves. Tout d’abord, loin de nous le désir d’occulter les marques de discrimination ou les humiliations dont il fut la cible.

Nous rappellerons qu’en 1762 Guillaume Poncet de La Grave, procureur du Roi à  La Table de Marbre de l’Amirauté de Paris, met en œuvre - avec un excès de zèle administratif – préfiguration, toutes proportions gardées, des doctrines du IIIe Reich - une ordonnance royale de recensement de tous les affranchis originaires des îles américaines vivant en France. C’est ainsi que Nanon et Joseph sont impérativement sommés de se présenter devant sa juridiction. 

Nul n’ignore que Poncet des La Grave est un raciste viscéral qui justifie l’esclavage et dénonce les propriétaires de plantations qui reviennent en France avec leurs serviteurs noirs avec les risques de « défigurer la nation française » pour citer ses propres paroles. 
Comment passer sous silence le déni de justice subi par Saint-Georges lorsque les musiciens et les mélomanes les plus avertis de Paris estiment qu’il est l’homme le plus compétent pour diriger L’Académie Royale de Musique et lui donner un nouvel essor ? Comment ne pas être indigné qu’il soit récusé à ce poste à la suite d’une cabale des divas de cette institution, arguant que « leur honneur et la délicatesse de leur conscience ne leur permettraient jamais d’être soumises aux ordres d’un mulâtre » ?

 (Voir commentaire La Cabale de l’Opéra)

Que dire encore de la Marquise de Créquy qui dans ses Souvenirs émet des propos empreints de fiel en faisant référence à l’assaut d’armes entre Saint-Georges et D’Eon à Carlton House en présence du futur Roi d’Angleterre.
Qu’on en juge :
« C’est grand deuil et grand’pitié de voir un gentilhomme français (D’Eon), un chevalier de l’ordre de Saint-Louis, un vieillard employé par la couronne et connu de l’étranger, qui spadassinait comme sur un théâtre et contre un mulâtre, avec un histrion d’escrime, un gagiste de manège, un protégé de Madame de Montesson ! »

A n’en point douter, Saint-Georges  a parfois été une victime de la méchanceté et de la bêtise humaines mais il ne convient pas de s’apitoyer sur son sort « from start to finish » comme cela s’est fait et a été aveuglément repris.

Au siècle suivant Félix Mendelsshon, tout comme Saint-Georges et bien d’autres, est victime lui aussi de marques d’intolérance et de discrimination, maladies endémiques toujours vivaces sous toutes les latitudes.

Lui aussi est un personnage d’exception. Il est beau, aimable et excelle dans tout ce qu’il a entrepris. Remarquable dessinateur et aquarelliste, il a une vaste culture littéraire et philosophique. Il maîtrise le latin, l’anglais et l’italien. Pianiste virtuose, chef d’orchestre et compositeur de génie, il suscite l’admiration de tous les mélomanes d’Europe. Robert Schuman déclare « qu’il est le Mozart du XIXe siècle » et il ajoute « Je contemple Mendelssohn comme une cime élevé vers laquelle j’aspire. C’est un véritable Dieu ».

Pressenti pour diriger le Berlin Singakademie, Mendelssohn en sera écarté, au profit de Karl Rungenhagen. Bien que ses parents se soient convertis au luthéranisme, on lui reprochera ses origines juives alors qu’il a été Maître de Chapelle de Frédéric Guillaume IV, roi de Prusse.

Plus près de nous, lors de l’élection présidentielle de 2007,  le Président du Front National osa dire qu’il était pour le moins regrettable que Nicolas Sarkozy puisse briguer la magistrature suprême vu ses origines hongroises.

Outre le fait que certains aient parfois reproché à Saint-Georges de ne pas être du « meilleur teint », il n'est pas surprenant qu'un personnage aussi doué et charismatique n'ait pas eu que des amis... si tant est que l'envie et la jalousie sont des composantes de l'humaine nature.

Les faits étant ce qu’ils sont, Joseph a reçu une éducation de jeune aristocrate ; il a eu une adolescence protégée par son père, Georges de Bologne, et Texier La Boëssière, son maître d’armes et père spirituel, durant les six années où il a vécu sous son toit. Par ses talents, sa bonté, sa modestie et son charme, il a suscité l’admiration des « Grands » de l’époque et des dames de la cour ; il a été l’ami des rois et des princes ; il a fait jouer sa musique dans les capitales de l’Europe ; il a dirigé les plus grands orchestres de l’époque et notamment « Le Concert de la Société Olympique », l'une des fondations du Grand Orient de France dont le Grand Maître était le fils du duc d’Orléans, le futur Philippe-Egalité, qui fut l’ami indéfectible de Saint-Georges.

Tout comme d’autres musiciens et compositeurs de son époque – Wolfgang Amadeus Mozart, Giovanni Viotti, Rodolphe Kreutzer, François-Joseph Gossec, Etienne Méhul ou Luigi Cherubini, Joseph Bologne était franc-maçon, membre de « La Loge Olympique de la Parfaite Estime », et membre officieux de « La Loge des Neufs Sœurs » dont Voltaire était un membre éminent.

Alors que Joseph n’a pas encore 18 ans, son père acquiert pour son fils une charge de contrôleur ordinaire des guerres, office qui lui donne le titre d’écuyer et lui confère le droit de faire partie de la noblesse d’épée.

En retrouvant le testament notarié de Georges de Bologne, incluant Nanon et Joseph dans son testament, Pierre Bardin a prouvé que Georges de Bologne aimait son fils et avait de la considération pour Nanon, la mère de son enfant.

De plus, Saint-Georges n’a pas été tenu à l’écart par Elisabeth, l’épouse légitime de Georges, puisqu’elle prend Nanon et Joseph sous sa protection lorsqu’ils s’enfuient de la Guadeloupe après l’altercation duelliste de Georges qui tue l’époux de l’une de ses cousines au cours d’une beuverie chez l’oncle Samuel. 

P. Bardin nous apprend aussi que Saint-Georges a eu de bonnes relations avec sa demi-sœur, Elisabeth-Bénédictine de Bologne et son époux, Etienne Levelu de Clairefontaine, qui se porteront « caution et solidaires dudit Saint-George, envers les personnes qui lui prêteront 12 000 livres pour ses affaires ».

Même lorsque le Roi renonce à nommer Saint-Georges à la direction de l’Académie Royale de Musique à la suite du placet des divas, Louis XVI saura lui rendre hommage en décidant de ne nommer personne et de confier la gestion de cette prestigieuse institution à l’un des intendants et trésoriers de ses « menus plaisirs ».

Sylvie Chalaye, professeur à l’Université de Rennes, a fait rééditer en 2001 chez L’Harmattan Le chevalier de Saint-Georges, texte de théâtre de Roger de Beauvoir, créé au Théâtre des Variétés  en 1840. Dans son introduction, elle écrit notamment :

« Saint-Georges est le premier héros noir à dépasser sa condition de nègre, le seul qui tienne la dragée haute aux Blancs et qui ne suscite ni la pitié, ni la peur, le premier à n’être ni une victime ni un monstre, mais qui a tout pour séduire les dames et rendre jaloux les hommes, même la beauté et l’élégance, caractères sans précédents dans l’histoire de la représentation des Noirs au théâtre. »

Roland Brival, un écrivain martiniquais, a publié un roman, chez JC Lattès en 1991 et, tout au long de son récit de 224 pages, il fustige Joseph Bologne. Il l’accuse d’avoir eu une vie somptueuse, faite de galanteries, de privilèges et d’honneurs, et de n’avoir pas eu une réelle compassion pour la misère des captifs africains sur les îles à sucre.

Gabriel Banat, auteur d’une biographie qui fait autorité - intitulée The Chevalier de Saint-Georges, Virtuoso of the Sword and the Bow - publié en 2006 par Pendragon Press, Hillsdale New York -  écrit au chapitre 22, page 231 :

« Ses perspectives de mariage étaient fort minces. Où qu’il puisse aller, épouser une femme blanche lui était interdit et prendre une épouse d’ascendance africaine tout comme lui, aurait signifié la perte de son statut social, de sa ‘caste’, de tout ce à quoi il était parvenu au cours de sa vie, en affrontant tous les préjugés qui se dressaient devant lui. »

Certes, il est concevable que les dames de la cour qui l’admiraient ou que certaines aristocrates qu’il a pu séduire, n’aient pu songer à avoir une relation officielle durable avec lui.

Dire qu’il était difficilement épousable est une affirmation excessive. L’institution du mariage n’était-elle pas alors, plus que de nos jours, une alliance entre deux familles, une association entre deux partis de naissance, d’éducation et de fortune correspondantes ? Ces considérations reviennent à satiété dans de nombreuses œuvres de « La Comédie Humaine » d’Honoré de Balzac.

Il est un fait que la fille de la princesse de Lamballe ou celle du duc de Polignac n’aurait pas davantage pu épouser le fils Durand ou Dupont, voire un héritier de petite noblesse, eût-il le teint plus clair que celui du chevalier de Saint-Georges.

Alexandre Dumas, le père de l’auteur des Trois Mousquetaires, qui deviendra général d’Empire, n’est-il pas dans une situation tout à fait semblable à celle de Saint-Georges ? Tout comme celui-ci, il est originaire des Antilles. Né à Jérémie, il est le fils de Marie-Cesette Dumas, une esclave africaine, et d’Alexandre-Antoine Davy de la Pailleterie, officier du Royal-Artillerie, noble français déchu, propriétaire d’une fort modeste plantation de canne à sucre à la pointe ouest de l'île de Saint-Domingue.

Cela ne l’empêche nullement de rencontrer en 1789, Marie-Louise Labouret,  une charmante jeune fille de dix-huit ans dont le père est propriétaire de l’Hôtel de l’Ecu à Villers-Cotterets, après avoir été premier maître d’hôtel du duc d’Orléans et de l’épouser trois ans plus tard. De leur union naîtra l’un des auteurs les plus connus de la littérature française.

Dans sa biographie, Pierre Bardin mentionne que les mariages interraciaux sont théoriquement interdits. Dans les faits, ce n’était pas le cas et il cite notamment un certain « Pierre Hector, natif de la Martinique qui sert pendant dix-huit ans au Royal Etranger. Il se mariera à Niort, paroisse Saint-André, le 2 décembre 1765  avec Anne Caisse. Trois enfants naîtront de cette union. L’acte de mariage comporte les signatures de tous les officiers du régiment, dans lequel sert le capitaine Pierre Philippe Pinel du Manoir, d’une ancienne famille guadeloupéenne. »

Au fait, sait-on tout d’abord si Saint-Georges a vraiment souhaité se marier ? Peut-on affirmer aussi catégoriquement qu’il était inépousable ? Cette compassion pour le célibat forcé de Saint-Georges est reprise à l’unisson par plusieurs biographes ou des rédacteurs de livrets qui accompagnent les CD des œuvres du Chevalier.

Ainsi sur le livret du « Quatuor Antarès » présentant quatre enregistrements de quatuors de Saint-Georges  ainsi que le Quatuor à cordes en si bémol Majeur K.V. 159 de Mozart, nous pouvons lire :

« La pire des humiliations est sans doute l’impossibilité, chaque jour confirmée, de fonder un foyer. Malgré son talent et sa naissance quelle noble famille accepterait d’accueillir en son sein un homme à la peu noire ? »

Pour les besoins de la démonstration, on cite L’Amant Anonyme, titre du seul opéra de Saint-Georges qui nous soit parvenu. L’auteur du commentaire souligne que Valcour, le héros de cette œuvre lyrique – dont le livret a été écrit par Mme de Genlis et non par Saint-Georges -  n’osant déclarer son amour à Léontine, chante son désespoir par ces mots: « Aimer sans pouvoir le dire ».  Ce leitmotiv a été repris au premier degré en assimilant Valcour à Saint-Georges.

Bien sûr, on omet de préciser que dans cette histoire, Léontine, l’objet de sa flamme, déçue par la trahison de son époux, a fait le serment de ne plus jamais aimer. « Rien ne peut toucher mon cœur », proclame-t-elle au moment où le rideau se lève. Et l’on s’abstient aussi de rappeler que l’amour finit par triompher : « Quel trouble m’agite ! Ma tendresse sera sans cesse le prix d’un si fidèle amour. Plus de larmes, mon cœur est à vous sans retour… » chante Léontine, enfin sensible à la délicatesse et à la constance de Valcour.

Autre point discutable : la musique de Saint-Georges a-t-elle été mise « à l’index » par Bonaparte ? Aucun document officiel ne l’atteste. Ne serait-il pas facile de citer un grand nombre d'écrivains, académiciens ou Prix Nobel de littérature, des musiciens ou des artistes, célèbres et glorifiés de leur temps, désormais connus que de quelques spécialistes?

Dans son Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand, mentionne plaisamment le caractère si souvent éphémère de la gloire des auteurs et des artistes. Au début de la pièce, Rostand fait dire à un bourgeois - venu avec son fils à l’Hôtel de Bourgogne pour y assister à une représentation de La Clorise, pièce de « Monsieur Balthazar Baro » - qui, reconnaissant des « Immortels de l’Académie » parmi les spectateurs, s’exclame avec exaltation :

Mais… j'en vois plus d'un membre!
Voici Boudu, Boissat et Cureau de la Chambre,
Porchères, Colomby, Bourzeys, Bourdon, Arbaud…
Tous ces noms dont pas un ne mourra, que c'est beau !

Laure Tressens et Vincent Podevin-Bauduin, auteurs d’une monographie, intitulée Le Fleuret et l'Archet, publiée lors d’une exposition à La Guadeloupe pour célébrer le 200e anniversaire de la mort de Saint-Georges, sont plutôt d’avis que «  Saint-Georges fut avant tout un musicien de son époque... La musique des années 1770-1790 se caractérisait par sa légèreté et son charme et le romantisme qui devait triompher par la suite préférait, aux concerts galants, les grands développements des symphonies… »

Pierre Bardin est lui aussi d’avis que « sa musique subit le même relatif oubli que celles écrites par Vivaldi, Bach, Mozart, Rameau ou J.M. Leclair (ce dernier véritablement oublié), supplantées dans le goût du public, et c’était normal par Beethoven, Schubert, Liszt, Chopin ou Berlioz.»

Il est faux toutefois de clamer que Saint-Georges a été oublié au XIXe siècle car son souvenir perdure bien après sa mort. Son nom et ses exploits paraissent dans plusieurs romans de Balzac, notamment dans

La maison du chat qui pelote 1829, Le Bal de Sceaux 1830 et Le Cabinet des Antiques  (1839). Alexandre Dumas, quant à lui, met Saint-Georges en scène dans La pièce d’eau des Suisses , chapitre IX,  du Collier de la Reine, publié en 1849 :

« Parfois un cri d'admiration part du milieu de l'assemblée. C'est que Saint-Georges, le hardi patineur, vient d'exécuter un cercle, si parfait, qu'un géomètre en le mesurant n'y trouverait pas un défaut sensible. »

Ce tableau brossé, Marie-Antoinette va apparaître en traîneau pour une scène où la glace risque de se briser et le comte de Taverney, son chevalier-servant, va se précipiter en patin pour la sauver, dans le jardin versaillais.

Plusieurs autres grands romans de d’Alexandre Dumas tels que Joseph Balsamo (1846) ou Ange Pitou (1849), mentionnent Saint-Georges. En outre, dans ses Mémoires, Dumas parle de l'inimitié entre son père et le Colonel Saint-Georges. 

Roger de Bully, dit Roger de Beauvoir, publie fin 1840 un roman de fiction historique à succès, intitulé Le Chevalier de Saint-Georges  lequel – n’en déplaise à ceux qui le dénigrent - est un roman dans la veine des œuvres d’Alexandre Dumas. Ce roman  fera d’ailleurs l’objet de plusieurs réimpressions au cours du siècle.

Au cours de l’année 1840, ce même Roger de Beauvoir fait jouer au Théâtre des Variétés une adaptation théâtrale de son roman en signant ce texte avec Anne-Honoré-Joseph Duveyrier dit Mélesville, auteur de théâtre et metteur en scène reconnu.

(Voir un commentaire sur cet ouvrage dans l’essai Vérité et Fiction)

En 1841, Louise Fusil publie  ses Souvenirs d’une Actrice et parle avec admiration du charisme de Saint-Georges qui fut son partenaire.

En 1922 Lionel de La Laurencie, dans son Ecole Française du de violon de Lully à Viotti, consacre un long développement à la vie et à l’œuvre musicale de Saint-Georges.

Chose intéressante, de même que nous devons à Antoine La Boëssière et à Henry Angelo, deux professionnels de l’escrime, quelques pages sur la personnalité de Saint-Georges et surtout son habileté exceptionnelle comme fleurettiste, Joseph Bologne est cité par presque tous les maîtres d’armes des XIXe et XXe siècles, auteurs de traités ou de livres sur l’histoire de l’escrime.

Les plus grands noms de la maîtrise de l’escrime française Augustin Grisier ou J.J. Posselier dit Gomard, les érudits de l’histoire de l’escrime, Arsène Vigeant, Gabriel Letainturier-Fradin ou plus près de nous Pierre Lacaze, Président d’Honneur de l’Académie d’Armes de France, William M Gaugler, universitaire, archéologue et diplômé maître d’armes dans son ouvrage The History of Fencing, Laureate Press, 1998, Croiser le Fer par Pascal Brioist, Hervé Drévillon et Pierre Serna, éditions Champ Vallon, 2002 ou Richard Cohen dans By the Sword, Random House,  2002, pour ne citer que quelques uns des auteurs et de leurs publications, aucun n’omet de mentionner la virtuosité de ce Chevalier hors du commun qui a l'aura d'un escrimeur de légende.
Saint-Georges meurt à Paris le 10 juin 1799 d’une infection de la vessie. Là encore, contrairement à ce qui a pu être écrit, sa mort est honorée dignement. Une annonce nécrologique, parue sur Le Journal de Paris en date du 14 juin 1799 encense le Chevalier pour « son urbanité, la douceur de ses mœurs et la bonté de son âme… », rappelant les mérites qui furent les siens comme escrimeur, son excellence dans tous « les exercices du corps », ses talents de violoniste virtuose, de chef d’orchestre et de compositeur.

En janvier 2009, après la publication de son ouvrage biographique sur le chevalier de Saint-Georges, P. Bardin a fait une communication inédite sur le blog de Jean-Claude Halley, Président de L’Association des Amis de Joseph Bologne, chevalier de Saint-Georges, après avoir découvert un rapport qui atteste de l’admiration que les professionnels des armes vouaient à Joseph Bologne. Ce document confirme que cet éclatant Chevalier n’est pas mort abandonné de tous et oublié. Cette découverte permet aussi d’apprendre que Saint-Georges fut inhumé au « Temple de la Liberté et de l’Egalité » appelée auparavant L’Eglise Sainte Marguerite, débaptisée comme nombre d’églises sous la Révolution.

          Nous savons donc désormais que le 10 juin 1799 à huit heures du soir, le commissaire de police de la Section de Montreuil voit entrer quatre personnages à la mise soignée : deux professeurs en fait d’armes, Jean-Pierre Gomard et Philibert Menissier fils, le chef d’escadron Charles François Talmet, et le citoyen Pierre Nicolas Beaugrand, ancien chef de bureau à l’Assemblée Nationale. Ils viennent tous quatre déposer une requête après le décès du citoyen Joseph Bologne dit Saint Georges, chef de brigade du treizième régiment de chasseurs à cheval, dont le corps a été porté en ce jour dans une bière au Temple de la Liberté et de l’Egalité du huitième arrondissement. 

« Comme les déclarants ont connu parfaitement le défunt, qu’ils étaient étroitement liés d’amitié avec lui, désirent exhumer le corps du dit défunt pour le mettre dans un cercueil de plomb. Ils se sont donc présentés devant nous à l’effet de pouvoir parvenir à remplir l’exécution de leurs sentiments, si toutefois rien n’est contraire au principe des lois, affirmant le tout pour être sincère et véritable et ont signé avec nous après lecture faite. »

Ces dernières années, de nombreux ouvrages biographiques lui ont été consacrés. Un nombre croissant d'instrumentistes et de chefs d'orchestre choisissent ses compositions pour leurs programmes

Les œuvres de Saint-Georges ont fait l'objet d'une importante discographie, de plusieurs films documentaires et d’un opéra sur un livret d’Alain Guédé. Récemment, un ballet a été créé à La Havane sur une sélection de musiques de Saint-Georges. Une multitude de sites web ont été créés.

En 2002,  la Municipalité de Paris a décidé de débaptiser la rue Richepance - général qui a participé à la reconquête de l'île de La Guadeloupe après l'insurrection des esclaves menée par Toussaint-Louverture - en rue du Colonel Saint-Georges.

Un spectacle équestre produit par Bartabas, célèbre écuyer, et intitulé Un Africain à la cour – sur un texte de Claude Ribbe, l’un des biographes de Saint-Georges -  a été présenté à Versailles en 2004 et fait l’objet d’un DVD.

Madame Catherine Pizon, Principale du collège V. Hugo de Saint-Yorre (Allier), et son équipe pédagogique ont élaboré un projet pluridisciplinaire autour du chevalier de Saint-Georges tout au long de l’année scolaire 2006-2007. Ce projet couronné par un spectacle théâtral, joué par les élèves du collège les 10 et 11 mai 2007  - dans le cadre de la commémoration nationale de l’abolition de l’esclavage - a remporté un vif succès.

Dernier point et non le moindre, plusieurs cinéastes en France et aux Etats-Unis essaient actuellement de trouver des partenaires financiers pour produire le premier long métrage sur Saint-Georges, sujet digne d’une production à grand spectacle dans la veine d’Amadeus de Milos Forman ou de Farinelli de Gérard Corbiau