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                  La Cabale  de l’Académie Royale de Musique

L’Académie Royale de Musique, détruite par un incendie, avait été reconstruite en 1770 sur son site original du Palais-Royal. Cette institution qui était le temple de la musique, de l’art dramatique et de la danse était bien plus prisée que La Comédie Française et Le Théâtre Italien. Depuis Louis XIV, l’Académie était géré par des investisseurs privés qui toutefois sollicitaient des subsides du Roi pour maintenir les activités de cette institution qui n’avait jamais généré l’ombre d’un profit.

Les nouveaux bâtiments représentaient une appréciable amélioration par rapport aux précédents et l’utilisation récente de milliers de chandelles de cire, permettaient désormais un éclairage bien supérieur de la scène et des lieux.  

Christoph Gluck, l’ancien maître de musique de la Reine, avait fait jouer à Paris son  Iphigénie en Aulide,  opéra sur un livret du bailli du Rollet en 1773 et l’année suivante Orphée.  L’accueil du public parisien avait été triomphal et les entrées payantes avaient permis de parvenir à des comptes en équilibre alors qu’auparavant les spectacles présentés par cette institution étaient invariablement déficitaires. Les succès de Gluck laissaient donc entrevoir qu’avec une meilleure gestion et des spectacles de qualité, il était possible d’en faire une affaire profitable.

Saint-Georges qui avait fait du « Concert des Amateurs » le meilleur orchestre d’Europe, apparut bien vite comme le candidat le plus valeureux pour être porté à la tête de cette prestigieuse Académie. Il fut donc pressenti par un groupe de nouveaux investisseurs qui comprenaient des notables de premier plan, notamment le fermier général, le Baron Rigoley d’Ogny et le financier Jacques Necker.

Le baron Von Grimm  dans sa « Correspondance philosophique et littéraire », rapporte que dès que Sophie Arnould et Rosalie Levasseur, deux chanteuses,  et Marie-Madeleine Guimard, première danseuse de l’Opéra, eurent été informées de la candidature de Saint-Georges à la direction de l’Opéra, elles présentèrent un « placet » (une pétition) à la Reine pour lui faire savoir que  « Leur honneur et la délicatesse de leur conscience ne leur permettraient jamais d’être soumises aux ordres d’un mulâtre… » Et Grimm ajoute non sans ironie : « Une si importante considération a fait toute l’impression qu’elle devait faire».

C’était là assurément une manifestation de racisme caractérisé. Toutefois, Gabriel Banat, dans sa biographie intitulée « The Chevalier de Saint-Georges, Virtuoso of the Sword and the Bow »  (Le Chevalier de Saint-Georges, Virtuose de l’Epée et de l’Archet), s’est demandé si les préjugés raciaux furent la cause majeure du rejet de Saint-Georges à la direction de l’Académie Royale de Musique. Les divas auraient péché en l’occurrence moins par délit de discrimination raciale que pour sauvegarder leurs intérêts et leur désir de contrôler cette prestigieuse maison. Saint-Georges se proposait de réorganiser l’Opéra et les réformes qu’il n’aurait probablement pas manqué d’apporter firent craindre à ces dames d’être supplantées par de nouvelles recrues.

Marie-Antoinette ne fut pas en mesure de prendre la défense de Saint-Georges ajoute Gabriel Banat, Madeleine Guimard tout comme Sophie Arnould lui ayant maintes fois apporté leurs concours gracieux lors de fêtes organisées à Versailles. La Reine avait donc des obligations à leur égard. En outre, ces dames avaient usé de leur influence afin que Gluck puisse présenter ses opéras, se produire en concert à Paris et connaître le succès.

Puisque l’on récusait Saint-Georges, à ses yeux le candidat le plus compétent, Louis XVI, mis au fait de cette cabale, lui rendit hommage en ne nommant personne. Il prit la décision de faire administrer L’Académie Royale de Musique par Papillon de la Ferté, l’un des intendants et trésoriers de ses menus plaisirs. Or, il se trouvait que le dit Papillon de la Ferté n’était rien d’autre que « l’amant de cœur » de Madeleine Guimard.

En vérité, explique Gabriel Banat, chaque membre de cette cabale allait tirer profit de cette intrigue. Les cantatrices furent assurées que le statut quo serait maintenu. De plus, « La Guimard », par l’intermédiaire de son amant, aurait virtuellement les pleins pouvoirs à l’Opéra. Quant à Papillon de la Ferté, il allait exercer un pouvoir encore plus grand que celui qu’il avait au bon vieux temps, c’est à dire avant l’accession au trône de Louis XVI.

Le placet en question mit un terme aux aspirations que Saint-Georges d’obtenir le  plus prestigieux poste de France dans le domaine de la musique. Ce fut probablement pour lui une sérieuse déconvenue.